Pour moi, quand on se lance, le Net n’est pas le moyen le plus sexy de parvenir à ses fins. Car dès le départ « on est là pour ça ». Plus de mystère, d’approche, de séduction, l’adultère est perpétré sans suspense, effort ni mérite. Et pour un candidat cocu je trouve ça hyper frustrant. Enfin, c’est mon avis et mon vécu. Anne, mon épouse, n’a jamais été d’un caractère farouche. Fonctionnaire dans un grand ministère, plutôt BCBG, elle reste open et souriante en la plupart des circonstances. Et à Paris, où nous habitons, le potentiel de rencontres « innocentes » est énorme, l’essentiel restant dans l’attitude à adopter et les occasions à saisir... ou à provoquer ! Pour Anne, s’installer à la terrasse ou au bar d’un troquet pour prendre un café, voire à une table pour un en-cas, ceci en ayant fait le tour des lieux pour se faire remarquer : ça marche ! Sourire à un passant esseulé dans la rue, ça roule. S’installer sur un banc de parc public avec un magazine de mots croisés : aide garantie. Il y a aussi les librairies, surtout celles dotées d’un rayon « érotisme » : la malheureuse qui hésite sur l’achat de la dernière édition du Kamasutra (pour son mec) ne risque qu’une chose : qu’un type serviable la lui offre dans la minute suivante. N’oublions pas non plus le marché du dimanche avec les sacs lourds à porter ou encore la visite à l’hypermarché du coin (il suffit de convoiter le pot de confiture bio hors de portée en haut du rayon pour obtenir l’ aide du premier gars comestible qui passe)… Et je ne cite là que quelques circonstances que ma Miss a su mettre à profit.
Je me souviens de l’une de ses premières impros : c’était un samedi et nous remontions tous les deux la rue St Denis, très animée comme d’habitude. L’idée me vient de lui proposer de me devancer d’une courte distance, une dizaine de mètres… juste pour voir si elle se fera draguer. Bien sûr, je lui dis que si elle veut se débarrasser d’un gros lourd, elle n’aura qu’à prétexter un rendez-vous imminent avec son mari et m’appeler au tél pour que j’arrive de suite. Résultat : elle rigole, hésite et puis : « pourquoi pas ? me dit-elle, ajoutant : Mais… tu vis dangereusement, mon amour ! ». Et sur une bise, elle prend ses distances, non sans amplifier le balancement de ses hanches, qui la rend si bandante. Heu… ai-je eu la bonne idée, là ? Elle a accepté ce plan si vite !
Eh bien il n’a pas fallu cent mètres pour que non pas UN type, mais deux l’abordent et la baratinent tout en marchant de concert avec elle. Aïe ! J’ai pas prévu ça ! Je presse le pas, me rapproche sans intervenir. Ce sont deux levantins. A sa gauche, un grand mince, plutôt quelconque et à sa droite un gars un poil moins haut, plus bronzé, brun et… vraiment beau mec! Avec des yeux bleu incroyables, très clairs. Anne discute avec eux en riant, hoche la tête en signe de dénégation, mais continue à avancer sans se rebiffer. Parvenus au Carrefour avec la rue aux Ours, ils s’arrêtent tous les trois, continuent à piapiater 3 ou 4 minutes… lorsque tout à coup je la vois sortir son tél. Et le mien sonne.
Sa voix ! Ah sa voix, Celle d’une animatrice de FIP, in the heat of the night…
- Allo, Sophie ?
Comment ça, « Sophie » ?? Puis :
- Ecoute ma chérie, j’ai encore plein de courses à faire… on peut repousser notre rendeez-vous vers… heu… 18h ? (…) Oui ? C’est d’accord ? Super ! Je t’embrasse, à toute’ ! < clic >.
< Clic > ??? C’est si rapide et inattendu que j’en suis dérouté. Et le temps que je me remette, je vois le grand dadais saluer son pote et disparaître vers Etienne Marcel. A présent seule avec l’autre, Anne poursuit alors une discussion plus animée, ponctuée d’éclats de rire, soutenue par une gestuelle désordonnée, tournant l’un autour de l’autre, esquissant deux pas en direction des grands boulevards et puis trois autres en sens opposé, vers la Seine. Discutent-ils d’un point de chute ? Un troquet ? Eh bien au final, ce sera vers la Seine, mieux pourvue. Et donc : vers moi. Moi qui suis là, figé, feignant de m’intéresser à mes chaussures. Ils parviennent à ma hauteur, et là elle me lance un regard bizarre… lourd et distant à la fois. Evidemment, je les suis. Pas longtemps en fait…Une minute, maxi. Ils se sont arrêtés au milieu de la voie. Un monde fou arpente la rue tandis qu’Ils discutent de nouveau. Elle rit beaucoup. Et puis d’un coup d’un seul, il la prend à la taille (qu’elle a fort mince) et l’entraîne vers une porte qui est là, coincée entre un peep-show et une supérette.
Fin de l’histoire. Post-scriptum : elle en ressortira deux heures après, l’air complètement shootée, sur un nuage. Sur le seuil, son amant la prend dans ses bras, la serre contre lui, la cambre en arrière le temps d’un long, looong baiser. Les gens rigolent, un couple s'arrête et applaudit ! Je finis par la récupérer. La presse de questions sans objet. Elle me répond une fois sur quatre, avare de ses mots, en me souriant doucement. Dans la voiture, mêlée aux notes fugitives de son éternel N°5, elle sent le sexe.
